Le Devoir – Le tarmac de l’aéroport plus contaminé que le centre-ville de Montréal

Journaliste: Pauline Gravel – 28 décembre 2018.

On s’est longtemps préoccupé du bruit que l’aéroport de Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal générait pour les résidents des quartiers avoisinants, mais c’était oublier la pollution de l’air.

Une étude effectuée par des chercheurs de l’Université McGill met cette fois en évidence la présence d’une grande concentration de particules fines de contaminants dans l’air qui se répandent vraisemblablement au-delà de l’aéroport. Une observation préoccupante étant donné qu’il a été démontré que l’exposition à de hauts niveaux de nanoparticules est nocive pour la santé.

La détection de telles nanoparticules contenant des métaux dits émergents, puisqu’ils n’ont pas été décelés souvent jusqu’à récemment et qu’ils sont potentiellement délétères pour la santé humaine et l’écosystème, a été rendue possible grâce à des appareils à la fine pointe de la technologie qui permettent non seulement de mesurer la densité d’aérosols dans l’air, mais également la taille des particules, leur composition chimique et leur morphologie.

Durant l’été 2017, l’équipe de Parisa Ariya, du Département de chimie de l’Université McGill, a ainsi effectué des mesures sur des passerelles donnant accès aux avions stationnés sur le tarmac de l’aéroport international Montréal-Trudeau ainsi que près de la porte d’entrée des départs de l’aérogare.

Les données obtenues ont ensuite été comparées aux mesures prises sur le campus de l’Université McGill dans le centre-ville de Montréal aux heures de pointe.

Sur le tarmac, les scientifiques ont mesuré un nombre total de particules de toutes les tailles atteignant 2,0 x 106par cm3, soit un nombre dix fois plus grand qu’au niveau de l’entrée des départs de l’aérogare. Les mesures relevées à ces deux endroits de l’aéroport se sont également avérées significativement plus élevées que celles prises dans le centre-ville de Montréal en plein coeur du trafic le plus dense de la journée, où les concentrations maximales ne dépassaient pas un ordre de grandeur de 104.

La majorité des particules décelées à l’aéroport étaient des nanoparticules de taille inférieure à 200 nanomètres (10–9 m). « Or, la concentration des particules s’accroît d’un facteur 107 lorsque la taille des particules décroît de 10 microns à 10 nanomètres », soulignent les auteurs de l’étude dans un article qui sera publié prochainement dans la revue scientifique Environmental Pollution.

Nombre de ces nanoparticules contenaient des métaux, tels que du fer, du zinc, du nickel et du plomb, qui, à cette taille nanométrique, sont considérés comme des contaminants émergents.

Le fait que les concentrations maximales de nanoparticules aériennes ont été mesurées aux heures de grande affluence du trafic aérien, au moment où les concentrations de monoxyde de carbone (CO) sont également les plus élevées puisque ce dernier est généré par la combustion ayant lieu dans les moteurs d’avion, suggère fortement que les particules nanométriques sont, elles aussi, produites par les moteurs d’avion, avancent les chercheurs.

Néanmoins, les groupes auxiliaires de puissance (APU) qui alimentent la tension électrique, les pressions hydraulique et pneumatique, voire la climatisation à bord des avions pendant que leurs moteurs sont à l’arrêt, constituent une autre importante source de pollution sur le tarmac.

Effets sur la santé humaine

Les chercheurs rappellent par ailleurs que les nanoparticules aériennes d’un diamètre inférieur à 100 nanomètres sont reconnues pour nuire à la santé humaine. « La toxicité des particules qui se déposent dans les poumons tend à s’accroître à mesure que la taille des particules diminue », précisent-ils.

Les métaux émergents que plusieurs d’entre elles contiennent comportent également d’importants risques « potentiels » pour la santé de l’écosystème et des humains.

« De plus amples recherches sont donc nécessaires pour étudier et comprendre les transformations physiques, chimiques et biologiques des métaux émergents contenus dans ces nanoparticules aériennes », transformations qui peuvent survenir sous diverses conditions environnementales, par exemple en présence de neige et de glace.

Compte tenu du grand nombre de personnes qui travaillent à l’aéroport et de passagers (16,6 millions annuellement) qui y défilent, les chercheurs insistent sur l’importance de procéder à de nouvelles études visant à évaluer l’impact des concentrations de nanoparticules qui y sont générées sur la santé des personnes qui fréquentent l’aéroport, mais aussi sur celle des personnes qui habitent les quartiers résidentiels environnants.

Car, étant donné leur petite taille, les nanoparticules mettent beaucoup plus de temps à se déposer par gravité que les plus grosses particules et peuvent ainsi être transportées plus facilement par le vent sur de très grandes distances.

« Actuellement, la plupart des aéroports du monde utilisent des filtres qui ne fournissent pas d’informations sur le nombre et la composition des nanoparticules aériennes de moins de 100 nanomètres de diamètre, compte tenu du fait que leur détection requiert un équipement beaucoup plus sophistiqué », précise Parisa Ariya, la chercheuse principale de l’étude.

Or, mesurer la distribution des particules nanométriques est essentiel pour réaliser des évaluations adéquates de la pollution de l’air et de la santé des individus qui y sont exposés, ainsi que pour améliorer les réglementations visant ces grandes sources d’émission comme les aéroports », ajoutent les auteurs de l’étude.

Ces derniers recommandent également de mener des études dans le but de trouver des stratégies qui permettraient de réduire les sources d’émissions d’aérosols aux aéroports, comme notamment limiter le temps de roulage des avions (entre leur départ de la porte d’embarquement jusqu’au lieu de décollage), utiliser des carburants alternatifs moins polluants et électrifier les postes de stationnement afin d’éliminer le recours aux groupes auxiliaires de puissance (APU).

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